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Pacours inspirants #15 : Nathalie Longevial et Valérie Van Oost
8 novembre 2020
Nathalie Longevial et Valérie Van Oost sont deux auteures dont je suis avec émotion les parutions parce que je me sens proche de leur univers : au-delà du fait que nous partageons la même génération, j’aime le regard qu’elles portent sur notre monde et les thématiques qu’elles abordent.

Le club Univers auto-édition vous les a déjà fait découvrir : https://www.dejalu.fr/experiences/univers-auto-edition/parcours-inspirant-3-nathalie-longevial et https://www.dejalu.fr/experiences/univers-auto-edition/parcours-inspirant-5-valerie-van-oost.

En 2020, Nathalie a sorti Les Mèreveilleuses (https://nathalie-longevial-auteure.com/les-mereveilleuses-bande-annonce/) et Valérie, Les garçons russes ne pleurent jamais (https://youtu.be/c9xxP0NywSo), auto-édités chez Librinova et BoD (pour la version papier des Mèreveilleuses).

Cette fois, c’est la thématique de l’adoption qui traverse leurs livres : Les Mèreveilleuses commencent avec le parcours particulier d’une famille avant l'arrivée de l'enfant ; Les garçons russes... est centré sur la crise de l'adolescence qui prend une résonance particulière et fait réinterroger tout le parcours des parents.

Je les ai sollicitées pour un entretien croisé, et une véritable alchimie s’est créée : si elles ont parlé des thèmes de leurs livres, leurs échanges se sont vite élargis et elles ont abordé tout aussi bien la création littéraire que la place de l’auto-édition. C’est parti pour un entretien réellement passionnant !

Découvrez-les, et guettez le concours que nous lancerons la semaine prochaine pour faire gagner simultanément leurs deux derniers livres !
Vous avez publié des romans, des fictions, qui paraissent toujours très personnels. Quelle est la part de l’autobiographie dans vos livres ?

NATHALIE LONGEVIAL. Elle est totalement assumée et d’ailleurs dans les remerciements de Les Mèreveilleuses, c’est tout à fait explicite. Je crois qu’on n’écrit que ce qu’on est. Certains le font magnifiquement dans la fiction, pour ma part, je suis comme l’araignée qui tisse sa toile : je tire un fil qui se trouve quelque part logé entre mon cerveau et mon cœur et je le travaille. Je le coupe, le rabiboche, le tricote, le bricole, j’inverse les saisons, les épisodes, je brode, j’élude, je remplace et puis quelque chose jaillit. C’est l’honnêteté qui m’importe. Parfois ça tient debout, parfois non, alors il faut retravailler. Avec « Parce que la vie ne suffit pas » (auto-édité en 2018) j’ai triché. Je n’assumais pas d’écrire de l’auto-fiction. Je voulais écrire des romans parce que je pensais que c’était Le genre par excellence. Et puis, après « Semer des graminées » auto-édité en 2019, quelqu’un m’a dit : « voilà, tu as trouvé ce qu’il te faut écrire, tu es dans le vrai, ne te travestis plus jamais. » C’est le meilleur conseil que j’aie jamais reçu. J’écris des choses qui touchent les gens parce que ça me touche d’abord. Je veux coller au plus près des sentiments, des émotions et des sensations. Mais attention, si tout est vrai, tout n’est pas réel. Quand je lis des romans, et j’en lis beaucoup, j’adore déceler le « truc » vrai et je ne pense pas être la seule. Dans mes livres, c’est pareil, j’aime que les lecteurs se demandent où s’arrête la vérité, que fiction et réalité soient liées jusqu’au bout.

VALÉRIE VAN OOST. J’aime beaucoup cette idée de fil tissé. Dans mon travail, la part de réel n’est pas aussi transparente qu’une toile d’araignée. Même si le terreau vient de moi, j’ai besoin de glaner d’autres matériaux, de solliciter des rencontres, de me documenter, de me perdre dans des recherches. En racontant une histoire, j’ai l’impression de malaxer une matière vivante comme de l’argile, où se mélange ce que j’ai trouvé et ce qui vient de moi, pour modeler autre chose. Mon premier roman (« Hurler sans bruit », auto-édité en 2018) raconte le parcours de trois femmes. On m’a souvent demandé laquelle je suis. Je suis chacune d’entre elle et aucune n’est vraiment moi ! Je ne me sentirais pas chez moi dans l’auto-fiction, j’aime la fiction parce qu’elle permet de m’échapper, de transformer la réalité.

Nathalie, tu dis qu’on n’écrit que ce qu’on est, tout en brouillant les pistes sur la part d’autobiographie. Et toi, Valérie ?

VALÉRIE VAN OOST. L’écriture est un délicieux moment d’absence à moi-même et pourtant je ne saurais pas écrire sans puiser dans ce que je suis. Cela rejoint peut-être le thème de la quête d’identité de mon roman, j’écris pour comprendre qui je suis mais aussi pour être un(e) autre, essayer de savoir ce que c’est d’être un(e) autre.

NATHALIE LONGEVIAL. L’image de l’araignée me convient vraiment. Pour ma part, j’écris pour me souvenir, pour partager, pour laisser une trace d’une expérience. L’écriture, c’est comme un fil d’Ariane, l’assurance de ne pas me perdre. J’écris les pleins quand Valérie écrit peut-être les creux. J’aime bien cette image. Mais il m’arrive aussi d’écrire les creux, par exemple la vie de Sinh à l’orphelinat est totalement fictionnelle. J’ai comblé le vide avec mes images et mes mots.

Sinh est dans un orphelinat parce que c’est l’enfant qui est adopté dans Les Mèreveilleuses. Ce sujet central de l’adoption vous rapproche, pouvez-vous nous en dire deux mots ?

NATHALIE LONGEVIAL. Oui nous abordons toutes les deux le thème de l’adoption, mais chacune avec un prisme différent. Dans Les Mèreveilleuses, j’ai voulu interroger l’attente inhérente à tout processus d’adoption en France et mettre en lumière les questions que se posent les parents par adoption. Pour moi cette aventure c’est partir en Adoptie. On prend son sac à dos, sa boussole et hop. Il faut découvrir les codes de ce nouveau monde, rencontrer d’autres parents et tout un tas de gens qui gravitent autour. Dans le livre, je m’interroge surtout sur ce qui fait qu’on devient parent de quelqu’un dont on ne sait rien et avec lequel on n’a rien en commun, sur l’instinct maternel (est-ce qu’il existe ?), et sur le moment où on devient le « vrai » parent de cet enfant-là.

VALÉRIE VAN OOST. Je trouve le poids de l’attente très fort dans ton livre. Je suis partie du thème de l’adoption aussi en ayant le sentiment, au fil du travail d’écriture, de m’éloigner de ce point de départ. Je me suis laissée glisser dans le courant de la Volga qui a fait émerger des personnages. Certes, il y a les flashbacks sur le parcours d’adoption, les interrogations, les doutes, les procédures. Mais c’est la question de l’identité que j’avais envie de creuser. Qu’est-ce qui fait ce qu’on est, ce qu’on devient ? Qu’est-ce qui constitue les liens entre les individus ? Est-ce que le regard ou le jugement des autres définit ce que nous sommes ? Cette question de l’identité est celle de tout adolescent, adopté ou non. Et de nombre d’adultes…

Le thème de l’adoption est loin d’être le point commun de vos deux livres : il y a aussi la musique.

NATHALIE LONGEVIAL. Oui, c’est vrai ! Tous mes livres ont une bande originale, comme celui de Valérie. La musique a beaucoup de place lorsque j’écris, et pour tous mes livres, je me fabrique dans Deezer une playlist personnelle dédiée à la période de leur écriture. Je n’écoute jamais de musique pendant l’écriture, parce que sinon, je me mets à chanter, voire à danser au milieu du bureau, et c’est fichu ! Pour autant la playlist du livre passe en boucle le matin dans ma salle de bains, dans la voiture et le soir quand je cuisine. Les gens qui vivent avec moi en ont très vite assez ! C’est comme si la musique du livre me remettait au centre de l’histoire pour ne pas que je lâche le fil. Je ferme les yeux et les émotions sont là, à nouveau, au bout des doigts. Elle m’accompagne.

VALÉRIE VAN OOST. J’ai aussi créé les playlists de mes deux romans sur Deezer, que je partage avec les lecteurs (pour Les garçons russes... : https://deezer.page.link/cD2Q7weUVfJr7XDv7) ! La musique fait partie de mes recherches, elle caractérise mes personnages quand je travaille sur les portraits. J’écris dans un silence monacal, mais la musique de mes héros tourne dans ma tête. C’était plus facile pour mon premier roman car j’ai puisé dans ce que j’écoute. Les lecteurs de ma génération ont d’ailleurs apprécié la bande-son. Pour « Les garçons russes ne pleurent jamais », j’ai plongé dans l’univers du rap, écouté les paroles qui contribuent à dévoiler l’un des personnages de l’histoire. J’ai chanté Kalinka à tue-tête et j’ai regardé en boucle le clip d’un groupe russe, Leningrad, pour me mettre la pêche dans les moments de blocage ou de doute.

Vous avez également pris le parti d’alterner les points de vue narratifs…

VALÉRIE VAN OOST. Mes trois personnages, Antoine, Juliette et leur fils Sacha, sont enferrés dans la crise qu’ils traversent et dans l’incompréhension des autres. Je voulais que chacun d’entre eux l’exprime à sa manière, qu’aucun des personnages ne soit l’interprète des autres, ne les trahisse. C’est un roman polyphonique, ponctué aussi par les points de vue de personnages russes que l’on croise. J’avais envie de dessiner un tableau de la Russie contrasté, difficile à cerner, au fur et à mesure que mes personnages la découvrent entre fascination et répulsion. J’ai essayé de faire passer cela à travers des sonorités : par les voix différentes, les mots en russe que j’utilise parfois et par la musique.

NATHALIE LONGEVIAL. Dans Les Mèreveilleuses, on suit le cheminement de Mathilde et Alexandre et celui de Sinh. On alterne leur vie d’un chapitre à l’autre. Avec la partie de l’enfant, je souhaitais montrer la vie en orphelinat et imaginer ce qui pouvait se passer dans la tête d’un enfant de quatre ans. Je voulais que Sinh porte la voix de tous les enfants abandonnés.

Vous avez toutes deux sorti des romans en auto-édition, est-ce un choix ? Que retenez-vous de cette démarche ?

VALÉRIE VAN OOST. Pour mon premier roman, soyons honnête, j’ai d’abord cherché un éditeur. Pour le deuxième, je n’avais pas envie de brûler mon énergie à tambouriner à la porte, encore moins entrouverte avec la crise, des maisons d’édition. Si mon roman séduit par la suite un éditeur, tant mieux. Mais j’avais envie, avant tout, qu’il vive, ce que permet l’auto-édition. J’ai vécu une aventure extraordinaire en auto-éditant « Hurler sans bruit ». C’est drôle parce que c’est un roman sur les questionnements autour de la maternité et que ce livre est un bébé que j’ai fait toute seule ! J’ai appris des centaines de choses, de la fabrication au travail (épuisant) de promotion. J’apprends encore beaucoup avec cette nouvelle sortie. Et puis, j’ai échangé avec beaucoup d’auteurs sur les salons du livre, via les réseaux sociaux et j’ai trouvé beaucoup de soutien et d’entraide entre auteurs indépendants.

NATHALIE LONGEVIAL. Je suis auteure hybride ascendant auto-éditée. C’est-à-dire que mon premier livre (Vent fort, mère agitée, paru en 2012 chez Unlimit-ed Édition) a été édité par une maison d’édition, pour le deuxième j’en ai cherché une mais j’ai compris que la personne qui défendrait le mieux mon texte, ce serait moi. Pour « Semer des graminées » c’était différent, je voulais une totale liberté en la matière. Je ne voulais pas changer une virgule ni modifier quoi que ce soit, donc je l’ai jalousement gardé et auto-édité avec joie. J’ai envoyé « Les Mèreveilleuses » à trois maisons d’édition et comme je n’avais pas de réponse (l’impatience est mon deuxième ascendant) je l’ai auto-édité. Mais on dit souvent que la vie a plus d’un tour dans son sac et qu’on ne sait jamais de quel côté va arriver la surprise… je suis d’ailleurs ravie d’annoncer que j’ai signé un contrat d’édition pour Les Mèreveilleuses, dont la réédition est prévue pour février 2021. Sinon, tout comme Valérie, j’ai beaucoup appris en auto-éditant et c’est une grande chance : à rassembler une communauté de lecteurs autour de mes livres, gérer mes réseaux sociaux, créer un book-trailer, sortir de ma zone de confort en toquant aux portes des libraires, en rencontrant les lecteurs et d’autres auteurs.
NATHALIE LONGEVIAL. Oui, c’est vrai! Tous mes livres ont une bande originale, comme celui de Valérie. La musique a beaucoup de place lorsque j’écris, et pour tous mes livres, je me fabrique dans Deezer une playlist personnelle dédiée à la période de leur écriture. Je n’écoute jamais de musique pendant l’écriture, parce que sinon, je me mets à chanter, voire à danser au milieu du bureau, et c’est fichu! Pour autant la playlist du livre passe en boucle le matin dans ma salle de bains, dans la voiture et le soir quand je cuisine. Les gens qui vivent avec moi en ont très vite assez! C’est comme si la musique du livre me remettait au centre de l’histoire pour ne pas que je lâche le fil. Je ferme les yeux et les émotions sont là, à nouveau, au bout des doigts. Elle m’accompagne.
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VALÉRIE VAN OOST. J’ai aussi créé les playlists de mes deux romans sur Deezer, que je partage avec les lecteurs (pour Les garçons russes...: https://deezer.page.link/cD2Q7weUVfJr7XDv7)! La musique fait partie de mes recherches, elle caractérise mes personnages quand je travaille sur les portraits. J’écris dans un silence monacal, mais la musique de mes héros tourne dans ma tête. C’était plus facile pour mon premier roman car j’ai puisé dans ce que j’écoute. Les lecteurs de ma génération ont d’ailleurs apprécié la bande-son.

Pour «Les garçons russes ne pleurent jamais», j’ai plongé dans l’univers du rap, écouté les paroles qui contribuent à dévoiler l’un des personnages de l’histoire. J’ai chanté Kalinka à tue-tête et j’ai regardé en boucle le clip d’un groupe russe, Leningrad, pour me mettre la pêche dans les moments de blocage ou de doute.
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Vous avez également pris le parti d’alterner les points de vue narratifs…


VALÉRIE VAN OOST. Mes trois personnages, Antoine, Juliette et leur fils Sacha, sont enferrés dans la crise qu’ils traversent et dans l’incompréhension des autres. Je voulais que chacun d’entre eux l’exprime à sa manière, qu’aucun des personnages ne soit l’interprète des autres, ne les trahisse. C’est un roman polyphonique, ponctué aussi par les points de vue de personnages russes que l’on croise. J’avais envie de dessiner un tableau de la Russie contrasté, difficile à cerner, au fur et à mesure que mes personnages la découvrent entre fascination et répulsion. J’ai essayé de faire passer cela à travers des sonorités: par les voix différentes, les mots en russe que j’utilise parfois et par la musique.
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NATHALIE LONGEVIAL. Dans Les Mèreveilleuses, on suit le cheminement de Mathilde et Alexandre et celui de Sinh. On alterne leur vie d’un chapitre à l’autre. Avec la partie de l’enfant, je souhaitais montrer la vie en orphelinat et imaginer ce qui pouvait se passer dans la tête d’un enfant de quatre ans. Je voulais que Sinh porte la voix de tous les enfants abandonnés.

Vous avez toutes deux sorti des romans en auto-édition, est-ce un choix? Que retenez-vous de cette démarche?

VALÉRIE VAN OOST. Pour mon premier roman, soyons honnête, j’ai d’abord cherché un éditeur. Pour le deuxième, je n’avais pas envie de brûler mon énergie à tambouriner à la porte, encore moins entrouverte avec la crise, des maisons d’édition. Si mon roman séduit par la suite un éditeur, tant mieux. Mais j’avais envie, avant tout, qu’il vive, ce que permet l’auto-édition.

J’ai vécu une aventure extraordinaire en auto-éditant «Hurler sans bruit». C’est drôle parce que c’est un roman sur les questionnements autour de la maternité et que ce livre est un bébé que j’ai fait toute seule! J’ai appris des centaines de choses, de la fabrication au travail (épuisant) de promotion. J’apprends encore beaucoup avec cette nouvelle sortie. Et puis, j’ai échangé avec beaucoup d’auteurs sur les salons du livre, via les réseaux sociaux et j’ai trouvé beaucoup de soutien et d’entraide entre auteurs indépendants.
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NATHALIE LONGEVIAL. Je suis auteure hybride ascendant auto-éditée. C’est-à-dire que mon premier livre (Vent fort, mère agitée, paru en 2012 chez Unlimit-ed Édition) a été édité par une maison d’édition, pour le deuxième j’en ai cherché une mais j’ai compris que la personne qui défendrait le mieux mon texte, ce serait moi. Pour «Semer des graminées» c’était différent, je voulais une totale liberté en la matière. Je ne voulais pas changer une virgule ni modifier quoi que ce soit, donc je l’ai jalousement gardé et auto-édité avec joie. J’ai envoyé «Les Mèreveilleuses» à trois maisons d’édition et comme je n’avais pas de réponse (l’impatience est mon deuxième ascendant) je l’ai auto-édité. Mais on dit souvent que la vie a plus d’un tour dans son sac et qu’on ne sait jamais de quel côté va arriver la surprise… je suis d’ailleurs ravie d’annoncer que j’ai signé un contrat d’édition pour Les Mèreveilleuses, dont la réédition est prévue pour février 2021.

Sinon, tout comme Valérie, j’ai beaucoup appris en auto-éditant et c’est une grande chance: à rassembler une communauté de lecteurs autour de mes livres, gérer mes réseaux sociaux, créer un book-trailer, sortir de ma zone de confort en toquant aux portes des libraires, en rencontrant les lecteurs et d’autres auteurs.