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Parcours inspirant #12 : Anne-Laure Meunier
6 septembre 2020
L'auto-édition, ce n'est pas que pour la littérature... les livres pratiques peuvent aussi être diffusés par ce moyen, et ça peut même s'avérer très puissant.

Anne-Laure Meunier est nutritionniste : l'écriture n'est pas son métier. Mais elle a accumulé du savoir par ses études, ses lectures, sa pratique, si bien qu'elle a co-signé une bible éditée aux édition Studyrama, déjà deux fois réimprimée depuis 2017 car elle est très utilisée par les professionnels : Alimentations, nutrition et régimes (Eugénie Auvinet, Caroline Hirschauer et Anne-Laure Meunier).

En 2020, elle a eu envie d'écrire une version vulgarisée de cette bible, non seulement pour toucher un public beaucoup plus vaste, mais aussi pour répondre aux demandes des patients des diététicien.nes nutritionnistes présents sur le réseau qu'elle a co-fondé, SmartDiet.

L'auto-édition s'est imposée : elle a permis à Anne-Laure de tout maîtriser avec souplesse, à tel point que son expérience a valeur de modèle pour tous les professionnels qui voudraient sauter le pas et développer un nouveau moyen de toucher leur réseau. C'est parti pour un interview inédit et vraiment surprenant, dont j'ai voulu vous faire profiter pour la rentrée du club !
➡➡Bonjour Anne-Laure. Vous êtes une auteure d’un genre un peu particulier puisque vous êtes diététicienne nutritionniste, co-fondatrice de SmartDiet, et que vous avez écrit et auto-édité un livre à visée pédagogique pour transmettre la méthode que vous mettez en œuvre dans votre métier. Parlez-nous de votre parcours.⬅⬅

Voilà dix ans que ma vie est liée à la nutrition.

Dix ans qu’autour de ce vaste et riche sujet, je me nourris d’échanges, d’études, de débats, de rencontres, d’irritations, de positionnements puis de remises en questions, de formations et de joies.

Au départ, j’ai été formée à la diététique. Ensuite, au fil de mes premières expériences professionnelles, je me suis également formée à la diététique comportementale, à la nutrition du sportif et à la micronutrition. Ensuite, j'ai travaillé dans de nombreux domaines : cabinet libéral, hôpital, restauration collective, pharmacie, milieu sportif, enseignement, rédaction de livre, d’articles, émissions TV, radio...

Grâce à mon métier de diététicienne nutritionniste, aux nombreux patients et professionnels que j’ai eu la chance de côtoyer, j’ai pu identifier qu’on pouvait améliorer notre équilibre de vie grâce à la nutrition, selon 7 clés : j’équilibre, je m’organise, je gère, j’achète, je ressens, je bouge, je dors.

Grâce à tous ces échanges et expériences avec mes patients, à mes collègues diététicien.nes nutritionnistes, j’ai alors créé mon aventure entrepreneuriale, la méthode SmartDiet, une méthode que je qualifierais de bon sens pour améliorer son équilibre grâce à la nutrition.

J'en ai tiré un livre où je transmet mes recherches, quelques conseils et points de vue autour de ces 7 clés.

➡➡Votre livre est donc un livre basé sur votre expérience tout autant que sur ce que vous avez appris pendant vos études. Quelle est la place de vos lectures ?⬅⬅

Je suis une passionnée et j'aime autant les ouvrages théoriques que pratico-pratiques. Rédigés par des collègues, comme de « simples » passionnés, mais ayant fait des recherches !

En effet, je vérifie toujours mes sources, j'y fais très attention car trop d'informations fausses circulent en nutrition selon moi et font du tort à la compréhension globale de cette discipline. Mon livre est nourri de nombreuses études scientifiques dont je donne les références, mais aussi de nombreux ouvrages publiés qui ont alimenté ma réflexion. Par exemple, je fais très attention aux additifs et je m’aide beaucoup de Vous êtes fou d'avaler ça (Christophe Brusset). Ou encore, comment ne pas parler du célèbre Charme discret de l'intestin, de Giulia Enders, sur le microbiote, basé sur des études scientifiques qu'il vulgarise ?

Je me tiens évidemment au courant des livres sur les régimes, car il en existe de toutes sortes, pas toujours basés sur une information réfléchie. Parmi ceux dans lesquels je me reconnais, je pourrais citer Maigrir c'est simple et dans la tête (Gérard Apfeldorfer), Maigrir sans régime (Jean Philippe Zermati), ou encore Fuck les régimes (Chloé Hollings).

Ma pratique intègre une dimension consciente et soucieuse de respecter l’environnement d’une manière qui puisse être intégrée à la vie de chacun, par petites avancées faisables. Les épluchures, de Marie Cochard, est un livre qui aide à comprendre comment se diriger vers le « zéro déchet ». Fermentations !, de Sandor Ellix Katz, propose ce mode de conservation, respectueux de l'environnement. Quant à En 2h je cuisine pour toute la semaine, le livre de « batchcooking » de Caroline Pessin, il est dans une démarche qui tient compte de notre mode de vie citadin qui manque toujours de temps : sa promesse, c'est de passer une à deux heures en cuisine une fois par semaine pour avoir cinq repas différents, faits maison, sur toute la semaine en passant le moins de temps possible en cuisine. Très inspirant !

Enfin, je fais également attention au public auquel je m’adresse : l’alimentation des sportifs n’est pas la même que celle d’une personne sédentaire. Ainsi, je m’appuie sur L'essentiel sur l'alimentation du sportif (Dominique Poulain), ou encore Alimentation pour le sportif (Véronique Rousseau et Stéphane Cascua).

➡➡Comment êtes-vous venue à l’auto-édition ?⬅⬅

J’ai connu une première expérience d’écriture lorsque j’ai été co-auteure de Alimentations, nutrition et régimes (Eugénie Auvinet, Caroline Hirschauer et moi-même, aux éditions Studyrama), ouvrage pédagogique réédité deux fois depuis 2017 et vendu à des milliers d’exemplaires.

Cette première expérience m'a appris à organiser mes idées, à clarifier des propos scientifiques pour les vulgariser mais aussi à comprendre qu'un livre, ce n'est pas un projet solitaire, mais un projet pris dans toute une chaîne : de l'auteur et l'éditeur au lecteur en passant par distributeur, libraires... avec un recours à des métiers tels que celui de correcteur ou de graphiste (et j'en oublie), tout cela ayant des implications pour la rémunération des auteurs, qui n'est pas un sujet simple.

Le livre rencontre du succès, encore aujourd'hui, car c'est un manuel pédagogique que de nombreux étudiants ou professionnels de la nutrition achètent. C'est très gratifiant de savoir qu'on participe à former de futurs collègues, des collègues déjà installés, ou encore des journalistes.

Mais c’était une publication destinée à un public de spécialistes. Pour les 7 clés, j’ai donc renouvelé cette expérience dans l’écriture en m’adressant cette fois au grand public.

J’ai auto-édité le livre parce que je sais bien que le chemin vers un éditeur est long et compliqué, et que les contacts directs par envois postaux sont très aléatoires. Or, écrire n’est pas mon métier : c’est plutôt une manière de restituer ce que j’ai appris dans ma pratique, et un outil qui aide mon réseau dans notre quotidien de travail et dans la relation avec nos patients.

En outre, SmartDiet, mon entreprise, est phygitale, néologisme qui signifie « physique » et « digitale » : j’utilise au mieux les ressources numériques en proposant notamment des visio-consultations et l'accès par une plateforme (e-santé) sur ordinateur et téléphone. Il est donc important pour moi de pouvoir diffuser mon livre aussi bien en format papier et numérique. A cet égard, l’auto-édition, qui s’appuie beaucoup sur le numérique sans négliger le papier, me convient parfaitement.

Depuis que j’ai sauté le pas, je m’en félicite : l'auto-édition est une super opportunité pour présenter un ouvrage au grand public et voir tous les « dessous » de l'écriture et de la sortie d'un livre.

➡➡Pour quelle solution d’auto-édition avez-vous opté ?⬅⬅

Je suis passée par Librinova.

Tout le contenu de Librinova permet vraiment de comprendre les différentes étapes, et c'est plus simple qu'il n'y paraît. Car il faut savoir qu'une plateforme d'auto-édition est aussi un prestataire de services, qui propose toutes sortes de services parmi lesquels on choisit ceux qui sont adaptés à nos besoins. Ça a un coût, mais ce qu'on paye, c'est la possibilité de simplifier ce qu'on aurait du mal à prendre en mains soi-même.

Par contre, il faut savoir que ça demande forcément beaucoup de temps. Il faut donc le prévoir, planifier, ne pas se fixer des objectifs trop ambitieux et être régulier dans les étapes et la rédaction.

➡➡Oui, car on sait bien que dans l’auto-édition, on est aux manettes de tout, donc aussi de la relecture, de la mise en page, bref de tout ce qui fait qu’un livre est non seulement bien conçu, mais aussi bien présenté de manière à convaincre son public. Si vous aviez diffusé un livre approximatif, il se serait condamné lui-même... Comment avez-vous procédé pour que le résultat soit impeccable ?⬅⬅

Il ne faut surtout pas hésiter à impliquer tout son entourage, familial, amical et professionnel. C'est même ce qui permet de transformer l'expérience solitaire de l'écriture en une expérience collective vraiment gratifiante.

Ainsi, pour la relecture du texte et du résumé, je me suis relue de très très nombreuses fois, c'est sûr, mais j'ai fait aussi relire au total par six personnes ayant de bonnes capacités à l'écrit, uniquement des ami.es et collègues.

La première de couv a été faite par ma petite sœur, qui est graphiste. Et ensuite, nous avons eu l'idée de soumettre plusieurs versions à des votes sur Instagram et Facebook, et dans notre réseau de diétécien.nes-nutritionnistes. Ça a super bien marché et l'expérience a été géniale, car je me suis rendue compte qu'il était possible de mobiliser et d'intéresser une communauté autour du livre, qui l'a ensuite souvent acheté : il lui appartenait aussi un peu !

➡➡Un livre pratique ne vise pas le même public qu’un roman. Comment faites-vous pour atteindre votre public ?⬅⬅

Il est certain que ma problématique n’est pas de me faire connaître en tant qu’auteure : la crédibilité que je recherche n’est pas une crédibilité littéraire, mais elle réside à la fois dans ma formation initiale, dans mes sources et références scientifiques, et enfin, dans ma pratique au sein de l’entreprise que j’ai créée, SmartDiet.

SmartDiet est un réseau de diétécien.nes-nutritionnistes qui sont basés un peu partout en France et proposent des consultations tant par visio qu’en face-à-face, ainsi que des ateliers. J’ai donc écrit aussi pour que ces professionnel.le.s puissent avoir un support qui présente clairement la méthode, qu’ils et elles puissent recommander aux patients. Ces derniers le réclament, mais nous ne pouvions jusqu’à présent leur donner que des références écrites par d’autres. Mon public commence donc par celui-là : mon réseau de diétécien.nes-nutritionnistes et leurs patients. Et c’est grâce à eux qu’il pourra grossir, s’ils sont convaincus !

Pouvoir synthétiser sa méthode dans un document de facture professionnelle est un vrai plus pour une entreprise comme la mienne, et l’auto-édition est le moyen idéal pour concrétiser cet objectif : j’invite donc tous les professionnels qui lisent cette interview à sauter le pas sans hésiter !

➡➡Souhaiteriez-vous passer à l’édition traditionnelle ?⬅⬅

Le concept de Librinova est justement orienté vers la possibilité de trouver un éditeur, si le livre se vend à suffisamment d’exemplaires, ou s’il est remarqué sur leur plateforme. Ce serait évidemment une opportunité que je saisirais. Mais ce n’est pas mon objectif principal car j’avais avant tout besoin d’un support pour faire connaître ma méthode dans mon réseau : objectif rempli !

Qu'en pensez-vous ?